CECI n'est pas EXECUTE Ahmed Bouyerdene, Abd el-Kader par ses contemporains : Fragments d’un portrait

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Ahmed Bouyerdene, Abd el-Kader par ses contemporains : Fragments d’un portrait

(Jean-Louis Marçot)

Image1Paris Ibis Press, 2008, 158 p. (Préface du Cheikh Khaled Bentounès)

Ahmed Bouyerdene à qui l’on doit, presque simultanément, une synthèse sur la figure spirituelle de l’émir : Abd el-Kader, l'harmonie des contraires (Seuil, 2008), nous fournit ici les pièces d’un dossier qui témoigne de l’ampleur de ses recherches. Au-delà d’une biographie judicieusement condensée, à quoi s’ajoute une chronologie riche et précise (p. 144-148), il fournit la galerie la plus complète qui ait été donnée de ceux qui ont rencontré l’émir. Sans se limiter aux textes, toujours cités, de Berbrugger ou de Léon Roches, à celui de Churchill, qui y a eu les honneurs de multiples rééditions en Algérie, ou même au texte de référence du général Azan, injustement renié, on trouvera ici un ensemble de témoignage, trente-six exactement, de ceux, auteurs parfois obscurs, mais toujours précisément situés, qui ont effectivement rencontré l’émir et en ont rendu compte dans des publications officielles ou confidentielles : lorsqu’il était un combattant hors d’atteinte, un prisonnier farouche assigné à résidence en France cinq ans durant, ou bien finalement un émigré dans l’Orient lointain.

Deux notations face à cet inventaire de large récolte. D’abord l’étonnante unanimité qui s’en dégage. Quelle que soir la période et l’opinion personnelle des témoins, tous accordent une charge positive au personnage. Un terme, inlassablement répété, résume la rencontre : « fascination ». C’est à se demander si elle ne caractérise pas également le rapport que l’auteur entretient avec son sujet. Est-il possible en effet qu’Abd el-Kader n’ait donné lieu, de son vivant, à aucune charge négative ? et que la postérité n’ait aucun grief à lui adresser ? Même en tant que chef de la nationalité arabe, dans la période initiale la plus controversée, l’émir attire l’admiration de ses portraitistes. Urbain, qui lui était hostile, ne l’a-t-il pas décrit  péjorativement ? Warnier, le médecin de l’ambassade de Mascara, qui n’était pas particulièrement arabophile, ne peint-il pas un tableau d’une autre pâte ? Et comment les Maghrébins, les Orientaux ont-ils considéré le personnage politique ? Une revue de la presse, même sélectives, aurait sans doute permis de dégager un autre portrait.

Mais c’est déjà beaucoup d’aligner cette galerie sans jamais ennuyer le lecteur. Il y a là encore matière à réfléchir sur la « conversion de l’image ». Ahmed Bouyerdene annonce son intention d’entamer un peu le mystère qui enveloppe Abd el-Kader. Mais non, il reste entier. Durera-t-il aussi longtemps que persistera la fascination qu’exerce, au-delà de la mort, cet « homme d’action et de méditation » ?

Un détail, assez dérisoire, et pourtant intrigant : dans les différents témoignages « directs » repris ici, l’émir n’a jamais la même couleur d’yeux. Gris, gris bleu, gris vert, olive foncé, bleus, bruns, fauve foncé, noisette, noirs, ces yeux que l’interlocuteur ne voit donc jamais, qu’il fut l’hôte d’une seule entrevue ou un familier comme Roches, Daumas, Boissonnet ou Churchill, devaient être chargés d’une bien grande force…

Jean-Louis Marçot

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